NOTE CONFIDENTIELLE – 8 mars 2026 – 05 – La fragmentation du dollar : ce qui remplace vraiment le billet vert, corridor par corridor
mars 18, 2026 | by Jean-Yves M.
NOTE CONFIDENTIELLE – 05 – 18 mars 2026
La fragmentation du dollar : ce qui remplace vraiment le billet vert, corridor par corridor
Risque systémique structurel – Probabilité certaine, impact progressif sur les flux commerciaux, la liberté de transaction internationale et la valeur de tout actif libellé en dollar hors des États-Unis
1. Ouverture cinématographique
Il est 11 h 03, heure de Dubaï. Bureau d’un négociant en pétrole émirati, tour Sheikh Zayed Road.
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Sur son écran, une confirmation de règlement : 400 millions de dollars d’équivalent brut saoudien, vendu à une raffinerie de Zhoushan. La transaction vient de passer via CIPS, le système de paiement interbancaire international chinois. Libellée en yuan numérique. Réglée en 8 secondes. Zéro dollar impliqué. Zéro message SWIFT. Zéro risque de gel d’avoirs par le Trésor américain.
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Il y a cinq ans, cette opération aurait été impensable à cette échelle. Aujourd’hui, elle se reproduit des dizaines de fois par semaine entre le Golfe et la Chine.
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Le négociant ferme son écran et ouvre son compte à Genève. Là, ses réserves en franc suisse et en or physique sont intactes. Il n’a pas choisi un camp. Il a choisi les deux tuyaux. C’est précisément là que se trouve l’avantage structurel du prochain cycle.
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C’est ainsi que commence, corridor par corridor, la désintégration silencieuse du monopole dollar sur le commerce mondial.
2. Le mécanisme invisible
Commençons par ce qui est vrai et que les médias grand public ne disent pas : le dollar représente encore 59 % des réserves de change mondiales, il est impliqué dans 89 % des échanges de devises et reste utilisé dans 96 % des transactions commerciales dans les Amériques et 74 % dans la zone Asie-Pacifique. Quiconque vous vend une « mort prochaine du dollar » vous vend de la rhétorique, pas de l’analyse.
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Maintenant, ce qui est également vrai et que les défenseurs du dollar ne disent pas : le dollar ne sera pas remplacé. Il sera contourné. La différence est capitale pour votre stratégie.
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Le mécanisme fonctionne ainsi. Ce que construisent les BRICS n’est pas une monnaie de réserve mondiale, mais un mécanisme régional qui réduit les coûts de friction et l’exposition au dollar à l’intérieur du bloc. Ce n’est pas une révolution monétaire. C’est de la plomberie financière. Des tuyaux parallèles, construits lentement, corridor par corridor, qui permettent à des échanges croissants de se passer du système dollar sans pour autant le défier frontalement.
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La Russie et la Chine règlent désormais environ 90 % de leurs échanges bilatéraux en roubles et en yuan. Le volume annuel transitant par CIPS a bondi de 43 % en 2024 pour atteindre l’équivalent de 24 000 milliards de dollars. La part du dollar dans les paiements SWIFT s’établissait à 49 % en août 2024, contre 21 % pour l’euro et à peine 4,7 % pour le yuan. Ces chiffres traduisent une réalité concrète : le yuan progresse, mais depuis une base si faible que même une multiplication par trois de sa part ne menace pas le dollar à court terme.
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L’infrastructure qui sous-tend ce contournement se compose de quatre couches. CIPS pour les paiements en yuan, déjà actif dans 135 pays. SPFS russe, pour les transactions avec Moscou hors SWIFT. mBridge, la plateforme de monnaies numériques de banques centrales regroupant Chine, Hong Kong, Émirats, Thaïlande et Arabie Saoudite, déclarée à un niveau de viabilité minimale en 2024, après que la Banque des Règlements Internationaux s’en est retirée pour laisser les pays participants en prendre le contrôle. Et UPI indien, Pix brésilien, PayNow singapourien : des systèmes domestiques de paiement instantané dont les interconnexions régionales se multiplient. La Thaïlande et Singapour ont été les premières à connecter directement leurs systèmes de paiement rapide, permettant des transferts instantanés en baht ou en dollar singapourien via numéro de mobile. Ce modèle se réplique dans toute l’Asie du Sud-Est.
3. Anatomie géopolitique
Le bloc BRICS+ est une coalition d’intérêts divergents qui partagent un seul point commun : ne plus dépendre unilatéralement du bon vouloir de Washington pour mener leurs échanges commerciaux. Au-delà de ce point, les fractures sont profondes.
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La Chine pousse activement à l’internationalisation du yuan, mais l’Inde et le Brésil restent prudents en raison de leurs liens économiques solides avec les institutions financières occidentales. Ce n’est pas de la timidité : c’est du calcul rationnel. L’Inde exporte massivement vers les États-Unis et l’Europe. Se lier trop étroitement au yuan revient à échanger une dépendance dollar contre une dépendance Pékin, ce qu’aucun dirigeant indien sensé n’accepte. Le ministre indien des Affaires étrangères Jaishankar a été on ne peut plus direct : « Le dollar comme monnaie de réserve est la source de la stabilité économique internationale. Ce dont le monde a besoin, ce n’est pas de moins de stabilité. »
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Le 2 février 2026, l’Inde a pris ses distances avec ses pairs BRICS en signant un accord commercial avec les États-Unis dans lequel elle acceptait de cesser ses achats de pétrole russe. En échange, Washington réduisait ses tarifs douaniers sur une large gamme de produits indiens de 50 % à 18 %. Voilà un exemple concret de comment Trump utilise la menace tarifaire pour fracturer la cohésion BRICS, avec un certain succès.
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La Chine joue sa partition en solitaire, avec une patience que les Occidentaux sous-estiment systématiquement. Elle n’a pas besoin que le yuan remplace le dollar globalement. Il lui suffit que les pays qui dépendent de son marché, ses fournisseurs d’énergie africains, ses partenaires dans la Ceinture et la Route, ses clients industriels en Asie du Sud-Est, adoptent le yuan pour leurs échanges avec Pékin. CIPS avait des participants dans 135 pays à fin 2024, principalement dans la sphère d’influence de la Ceinture et la Route. Ce n’est pas un réseau mondial. C’est un réseau sino-centré qui grandit méthodiquement.
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La Russie est dans une position paradoxale. Elle est le principal bénéficiaire à court terme de la dédollarisation bilatérale avec la Chine, mais elle est aussi le cas d’usage le plus extrême, celui qui illustre à la fois les possibilités et les limites du système. Moscou a prouvé qu’une économie de 2 000 milliards de dollars peut survivre à son exclusion de SWIFT. Elle a aussi prouvé que sans accès aux marchés de capitaux occidentaux, sans possibilité d’émettre de la dette internationale, sans accès aux technologies avancées, la survie a un coût économique massif que ses partenaires BRICS n’ont aucune intention de payer.
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Le sommet BRICS de Rio en juillet 2025 n’a produit aucune avancée concrète vers une monnaie commune. La déclaration finale ne mentionne ni monnaie commune ni stratégie coordonnée de dédollarisation. Seul Lula continue d’agiter l’idée, avec une fréquence décroissante. C’est la réalité opérationnelle du bloc : une coalition qui avance par couloirs bilatéraux, pas par décision collective.
4. Scénario de crise – simulation réaliste
Printemps 2026. L’Arabie Saoudite annonce discrètement qu’elle acceptera désormais le yuan pour 15 % de ses ventes de pétrole à la Chine, via mBridge. Pas une rupture du pétrodollar : une entaille. Les marchés réagissent modérément. Quelques titres dans la presse spécialisée. Mais le mécanisme est déclenché : pour la première fois depuis 1975, une fraction du pétrole saoudien se règle sans dollar, dans un cadre institutionnel formalisé entre banques centrales.
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Été 2026. Le sommet BRICS à New Delhi en septembre met à l’agenda l’interopérabilité des monnaies numériques de banques centrales des membres. La Reserve Bank of India propose formellement de lier les monnaies numériques des banques centrales membres en janvier 2026, et ce plan d’interopérabilité est inscrit à l’agenda du sommet de 2026. Ce n’est pas encore une infrastructure opérationnelle. C’est un engagement politique qui donne une direction concrète à des projets qui étaient jusqu’ici des laboratoires.
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Automne 2026. Washington riposte. Trump avait déjà menacé en janvier 2025 d’appliquer des tarifs de 100 % sur les exportations de tout pays BRICS qui chercherait à mettre en œuvre la dédollarisation. Il passe à l’acte sur un premier pays test, les Émirats, qui avaient accepté un règlement en yuan via mBridge. Dubaï répond en maintenant la transaction mais en signant simultanément un accord de défense renforcé avec Washington. C’est la géopolitique de l’ambiguïté maximale : les Émirats veulent le marché chinois et la protection militaire américaine. Ils refusent de choisir. Ils obtiennent les deux contre une promesse floue de modération sur les volumes en yuan.
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Fin 2026. L’Afrique subsaharienne bascule silencieusement. Huit pays africains représentant 40 % du PIB du continent signent des accords bilatéraux de règlement commercial avec la Chine en yuan via CIPS. Les flux pétroliers angolais, le cuivre zambien, le cacao ivoirien commencent à transiter partiellement hors dollar. Ce n’est pas spectaculaire. C’est structurel. Et c’est irréversible une fois que les habitudes commerciales sont prises et les infrastructures installées.
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2027. La part du dollar dans les règlements commerciaux mondiaux tombe sous 55 % pour la première fois depuis Bretton Woods. Pas un effondrement : un glissement. Les marchés ne s’affolent pas parce qu’il n’y a pas de crise aiguë, juste une érosion lente et continue du monopole.
5. Impacts concrets
Pour votre trésorerie internationale : si vous facturez exclusivement en dollars des clients qui opèrent de plus en plus dans des systèmes hors dollar, vous prenez un risque de change et un risque de liquidité croissants. Un client chinois qui règle en yuan via CIPS vous demandera dans 24 mois de lui proposer un compte en yuan, un compte en dirham ou un compte en franc suisse. Si vous n’avez pas anticipé cette infrastructure, vous perdez l’appel d’offres face à un concurrent singapourien ou hongkongais qui, lui, l’a.
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Pour les entreprises opérant dans les marchés émergents : la capacité à transacter en devises locales, hors du circuit SWIFT-dollar, devient un avantage concurrentiel réel dans les marchés africains, du Golfe et d’Asie du Sud-Est. Les entreprises qui ont des comptes multidevises, des relations bancaires à Dubaï et à Singapour, et une connaissance minimale de CIPS sont déjà mieux positionnées que leurs concurrentes européennes qui attendent que « le système se stabilise ».
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Pour les exportateurs : pour le marché des changes international, qui représente 7 500 milliards de dollars par jour et dépasse largement le commerce de marchandises en volume annuel, la position du dollar reste essentiellement non contestée. Ce que cela signifie pour vous : couvrir votre risque de change en dollar reste indispensable, mais ajouter une couverture en yuan ou en dirham pour vos flux vers la Chine et le Golfe devient une nécessité opérationnelle, pas une option spéculative.
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Pour vos actifs financiers : l’or est le principal bénéficiaire de la diversification des réserves des banques centrales hors dollar, même si l’or ne représente encore que 10 % des réserves BRICS+, soit la moitié de la moyenne mondiale. Les banques centrales des pays émergents achètent de l’or au rythme record de 1 000 tonnes par an depuis 2022. Ce mouvement structurel ne s’arrêtera pas tant que le risque de gel d’avoirs en dollars par Washington restera une réalité opérationnelle pour des dizaines d’États.
6. Cui bono
L’or est le grand gagnant silencieux, et de loin. Chaque banque centrale qui réduit sa part de Treasuries diversifie vers deux actifs : d’autres devises de pays développés stables (franc suisse, dollar australien, couronne norvégienne) et de l’or physique. Malgré des achats soutenus, l’or ne représente que 10 % des réserves BRICS+, ce qui suggère un potentiel de rattrapage considérable si l’objectif déclaré de réduction de la dépendance dollar se concrétise sur 5 à 10 ans. La demande structurelle des banques centrales est un plancher solide sous le prix de l’or pour la décennie.
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Singapour gagne dans tous les scénarios. Neutre politiquement, technologiquement avancée, connectée à la fois au système dollar via ses liens avec les États-Unis et au système yuan via ses connexions avec Pékin, elle est le seul hub financier au monde capable de traiter simultanément des flux SWIFT et des flux CIPS avec un cadre réglementaire fiable. Son système de paiement PayNow est déjà connecté aux réseaux thaïlandais, malaisiens et philippins, et les discussions avec l’Inde et les Émirats avancent. Singapour est en train de devenir la chambre de compensation de la fragmentation monétaire asiatique. Pour un entrepreneur qui opère en Asie, un compte DBS ou OCBC à Singapour est une infrastructure non négociable.
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Les entreprises de technologie financière spécialisées dans les paiements transfrontaliers multidevises connaissent leur meilleure décennie. La friction créée par la fragmentation monétaire est leur marché. Wise (anciennement TransferWise), Airwallex, Nium, Thunes : ces acteurs qui permettent de convertir et de transférer des fonds entre devises non mainstream sans passer par le circuit correspondant bancaire classique voient leurs volumes exploser. Ce marché est structurellement en croissance pendant toute la durée du réalignement monétaire mondial.
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Les États du Golfe jouent le meilleur arbitrage de la décennie. L’Arabie Saoudite et les Émirats hésitent : ils veulent la sécurité américaine mais aussi vendre leur pétrole à la Chine. Cette ambiguïté n’est pas une faiblesse : c’est leur produit. Ils sont simultanément dans le camp dollar pour la sécurité militaire et dans le camp yuan pour une part croissante de leurs flux commerciaux. Dubaï capte les capitaux des deux blocs et prélève une commission au passage sous forme de services financiers, immobiliers et logistiques.
7. Angle mort occidental
L’Europe regarde le débat sur la dédollarisation comme un spectacle géopolitique qui ne la concerne pas directement. C’est une erreur de cadrage. La fragmentation monétaire ne menace pas l’Europe via un effondrement du dollar : elle la menace via l’érosion de ses marchés d’exportation.
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Les entreprises européennes qui vendent en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est font face à des concurrents chinois qui proposent désormais des financements en yuan via la Ceinture et la Route, des règlements sans friction via CIPS et une infrastructure bancaire locale déjà en place. L’entreprise française ou allemande qui arrive avec un contrat en dollars, un financement via une banque européenne et un règlement SWIFT se heurte à une friction additionnelle que son concurrent chinois n’a pas. Ce handicap n’est pas fatal. Il est réel et croissant.
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Les pays BRICS+ ont de faibles dettes extérieures, ce qui réduit mécaniquement la demande mondiale pour leurs devises : c’est le paradoxe structurel de la dédollarisation. Pour qu’une devise devienne une devise de réserve mondiale, il faut que le pays émetteur soit prêt à laisser sa balance commerciale se dégrader pour exporter sa devise. Les États-Unis l’ont fait pendant 80 ans. La Chine, dont le modèle repose sur les excédents commerciaux et le contrôle des flux de capitaux, ne peut pas et ne veut pas faire ce sacrifice. Le yuan représente encore moins de 5 % des réserves mondiales contre 59 % pour le dollar. Ce n’est pas un retard temporaire : c’est une contrainte structurelle que Pékin ne peut pas résoudre sans abandonner le contrôle des capitaux, ce qui est politiquement impossible.
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La naïveté sur les sanctions comme outil de long terme est l’angle mort américain le plus dangereux. Chaque fois que Washington gèle des avoirs souverains en dollars, comme les 300 milliards de réserves russes en 2022, il envoie à chaque banque centrale du monde le même message : vos avoirs en dollars sont sécurisés jusqu’au jour où ils ne le sont plus. Cette incertitude suffit à justifier une diversification partielle, même pour des pays alignés sur Washington. Les sanctions ont accéléré l’innovation en matière d’alternatives, notamment parmi les pays craignant d’être les prochains sur la liste. L’arme dollar s’émousse à chaque utilisation.
8. Architecture de défense – actionable
1. Ouvrez un compte multidevises dans une banque à Singapour ou à Dubaï. Dollar, yuan, dirham, franc suisse, dollar singapourien : ces cinq devises couvrent 90 % des corridors commerciaux qui échappent progressivement au circuit SWIFT classique. DBS, OCBC et Emirates NBD proposent des comptes professionnels multidevises accessibles à des non-résidents avec des structures juridiques appropriées. C’est le minimum vital pour opérer sur les marchés émergents dans les cinq ans à venir.
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2. Allouez 20 à 30 % de vos réserves de précaution en or physique, stocké hors du système bancaire. Pas parce que le dollar va s’effondrer. Parce que l’or est le seul actif que aucun gouvernement ne peut geler, qui n’est la dette de personne, et dont la demande structurelle des banques centrales mondiales est en hausse irréversible. Zurich (Via Mat, Brinks) ou Singapour (freeport) : deux juridictions fiables, non membres de l’OTAN, non soumises aux obligations de déclaration automatique des avoirs.
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3. Familiarisez-vous avec CIPS comme canal de règlement alternatif si vous avez des clients chinois ou en Asie du Sud-Est. Ce n’est pas une démarche politique. C’est une démarche commerciale : un règlement en yuan via CIPS coûte moins cher, règle en quelques secondes et évite les frictions de correspondance bancaire. Votre banque singapourienne ou hongkongaise peut vous ouvrir cette capacité. Ignorez cela et vous perdrez des marchés au profit de concurrents mieux équipés.
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4. Réduisez votre exposition à l’euro comme devise de réserve principale. L’euro est la devise d’une zone sans union fiscale, sans autonomie énergétique, sans marine de projection, en stagnation démographique. Dans un monde fragmenté, c’est le profil d’une devise qui subit les chocs sans pouvoir les amortir. Diversifiez vers le franc suisse pour la préservation, le dollar singapourien pour l’Asie, l’or pour l’assurance catastrophe. L’euro reste utile pour vos opérations courantes en zone euro. Pas comme actif de réserve.
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5. Structurez votre holding de propriété intellectuelle dans une juridiction neutre acceptée par les deux blocs. La Suisse et Singapour ont le même statut : ni sanctionneurs ni sanctionnés, reconnus par Washington comme par Pékin, dotés de systèmes juridiques solides. Une holding suisse peut détenir des droits de propriété intellectuelle licenciés à la fois à des filiales opérant en dollars et à des filiales opérant en yuan, sans risque de blocage géopolitique. C’est de l’architecture patrimoniale préventive, pas de l’optimisation fiscale agressive.
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6. Investissez dans les infrastructures de paiement multidevises comme thème d’investissement à 5 ans. Les entreprises qui réduisent la friction de la fragmentation monétaire, Wise, Airwallex, Nium pour les paiements, ou des fonds spécialisés en fintech des marchés émergents, bénéficient structurellement d’un marché en croissance forcée. Ce n’est pas un pari sur la mort du dollar. C’est un pari sur la complexité croissante des transactions internationales.
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7. Construisez des relations bancaires dans au moins trois juridictions non corrélées. Une banque suisse (Pictet, Julius Bär ou Lombard Odier pour les gros patrimoines, Postfinance ou Neon pour commencer), une banque à Singapour (DBS, OCBC), une banque aux Émirats (Emirates NBD, ADCB). Ces trois juridictions ont des systèmes de compensation indépendants, des devises distinctes et des alliances géopolitiques différentes. En cas de gel partiel d’actifs dans l’un des blocs, les deux autres restent accessibles.
9. Conclusion stratégique
Le dollar ne mourra pas. Il se rétrécit. Lentement, méthodiquement, corridor par corridor. Ce que construisent les BRICS, c’est une infrastructure régionale parallèle qui réduit les coûts de friction à l’intérieur du bloc, sans prétendre remplacer le dollar pour le commerce mondial global. C’est précisément pour cela que c’est durable. Personne ne prend le risque d’une confrontation frontale avec Washington. Tout le monde construit discrètement la sortie de secours.
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L’entrepreneur intelligent ne prend pas parti dans ce conflit. Il s’assure d’avoir accès aux deux tuyaux. Dollar pour les marchés occidentaux. Yuan, dirham et systèmes locaux pour les marchés émergents. Or physique pour l’assurance catastrophe. Franc suisse et dollar singapourien pour la préservation inter-blocs.
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Ce n’est pas de la diversification pour le principe. C’est l’architecture minimale pour rester opérationnel dans un monde où le camp auquel vous appartenez peut décider, du jour au lendemain, de geler les avoirs du camp adverse. Ce risque n’était pas réel en 2010. Il l’est pleinement en 2026.
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